A cinq heures du matin, nous sommes réveillés sans aucune précaution. Nous devons descendre du train en laissant nos bagages dans le train. Si nous sommes contents de ne pas avoir à porter tous nos sacs, nous nous demandons ce qu’il adviendra de nos affaires. Nous devons attendre 4 heures et à 9 heures, nous pourrons rejoindre notre wagon. Formidable !! Nous nous endormons tous les quatre dans les fauteuils de la salle d’attente. Quand ils viennent nous chercher, nous craignons le pire pour nos effets personnels mais contre tout étonnement, ils n’ont pas touché à nos affaires. Nous nous demandons bien pourquoi nous avons du descendre et attendre aussi longtemps, si ce n’était pas pour fouiller les sacs. Une petite différence tout de même : notre minuscule train de deux wagons est sur un autre quai et se trouve réintégré à un long train. Tous ces changements, effectués de nuit, donnent à ce voyage un côté très fantastique. La bonne nouvelle c’est que nous allons pouvoir enfin dormir sans être dérangés.
Ce n’est qu’à midi que nous nous réveillons. Nous allons dans le wagon restaurant. Dix minutes auparavant, Franck et moi y étions allés pour vérifier s’il acceptait les dollars parce que nous n’avons pas encore de yunan. Nous revenons avec les enfants et prenons une table. Nous demandons les menus et après plusieurs tentatives infructueuses, au bout de plus de 30 minutes, quelqu’un vient nous signaler que le restaurant est fermé. Notre séjour en Chine commence de façon étrange. Nous nous heurtons véritablement au barrage de la langue. Les serveurs étaient là à nous regarder, quand nous avons appelé l’un d’entre eux, ils nous ont tous fait la même réponse : « I don’t know ». Nous nous faisons la même réflexion : « ça promet !! ».
Tant pis, nous mangerons ce soir. En attendant, il nous reste quelques provisions à se partager. Nous faisons les devoirs dans l’après-midi. Et avant qu’il ne soit trop tard, nous retournons manger dans le wagon restaurant. Nous sommes les seuls à ne pas être chinois. Les gens nous dévisagent mais nous ne nous formalisons plus. Nous avons droit à un menu en anglais, ce qui nous permet de commander sans trop de difficultés. Nous nous endormons sereinement pour une nuit qui sera complète, sans interruptions intempestives.
Après une bonne nuit de sommeil, nous faisons les devoirs (autant faire passer le temps de façon utile) et pensons à nous filmer. Nous avons emporté notre caméra, non pas pour s’en servir à l’extérieur mais pour nous filmer à la fin de la journée. Mais nous oublions bien souvent de le faire et là c’était sympa de filmer notre cabine avec nos impressions. Papy Saint Jacques et Clara font également partie de l’aventure. Papy Saint Jacques, c’est le nom qu’Adrien a donné à son doudou. Il a reçu du père Noël un doudou spécial tour du monde, petit et facilement transportable. Comme cela, nous limitions le drame en cas de perte. Sauf que le petit, comme nous aimons l’appeler de temps en temps, a décrété que le doudou était trop beau pour être perdu et a donc choisi d’emporter une de ses anciennes peluches, un schtroumpf. C’est à Cap Saint Jacques, au Vietnam que nous avons appris que le schtroumpf se surnommait Papy Saint Jacques. Sarah a gardé le cadeau du Père Noël, un petit tigre tout mou et très mignon qui est la réplique exacte de son vrai doudou resté à la maison. Elle le prénomme Clara.
C’est étonnant comment notre perception du temps a évolué. Les 48 heures de train sont passées à une allure folle. Et si l’on met de côté l’envie de prendre une bonne douche, nous aurions volontiers prolongé le voyage. Il est plus de midi quand nous arrivons à Pékin. Nous n’avons jamais vu une gare aussi grande et je sais que Franck regrette que nous n’ayons pas de guide. J’ai rechigné à acheter le Lonely Planet depuis Paris, pour une question de coût et de poids. Sauf que je n’ai pas réservé d’hôtels. Nous arrivons donc dans un pays que nous ne connaissons pas mais qui est bien connu pour ne pas parler anglais. Il y a une centrale de réservation dans le hall de la gare et nous n’avons guère le choix que de leur demander conseil. Ils nous proposent un hôtel extrêmement bien situé pour un prix raisonnable pour une grande ville. Mais lorsque l’hôtesse monte à bord du taxi pour nous conduire à l’hôtel, nous nous disons que forcément il y a anguille sous roche. L’hôtel correspond à celui indiqué mais le prix est pour deux et non pas pour quatre. Voilà donc le hic. Tant pis, nous savons que nous sommes dans un quartier de choix et décidons de partir à pied chercher un autre hôtel. Nous arpentons les rues et demandons les prix pratiqués. Il est vrai que nous sommes dans une capitale mais même en faisant un effort, nous ne pouvons pas nous le permettre. Et je culpabilise déjà de ne pas avoir acheté le Lonely, non pas à Paris mais au Vietnam par exemple. Un type nous accoste pour nous proposer des tours dans Pékin et nous dit au passage, que si nous recherchons un hôtel pas cher, il y a une auberge de jeunesse juste à côté. Certes il y va de son intérêt de se montrer serviable avec nous, mais nous reconnaissons qu’il nous a donné une information précieuse. L’auberge est en retrait de la grande route et nous ne l’aurions jamais trouvé par nous-mêmes. A la vue du hall, nous savons qu’il ne s’agit pas d’une auberge de jeunesse standard. A l’image de notre dernier train, l’auberge est luxueuse et d’une propreté immaculée. Ils ont des dortoirs de quatre avec toilettes sur le palier. Nous allons visiter la chambre et les toilettes et acceptons de suite. Nous nous y voyons facilement cinq, six jours. Après une bonne douche, nous partons nous promener à pied sur l’artère la plus commerciale de Pékin : Wangfujing. On se croirait en plein boulevard Haussmann. Des grands magasins (ouverts le dimanche), une importante foule comme à la veille des achats de Noël. Nous voilà catapultés à nouveau dans la civilisation. Franck est aux anges et se sent revivre. Il adore Paris et a l’impression d’être ici chez lui et de retrouver ses racines. Ne me sentant complètement épanouie que près de la mer, je ne partage pas ce sentiment ; d’autant que nous aurons tout le temps de retrouver Paris dans quelques mois. Nous déjeunons dans un restaurant. Franck et les enfants se gavent de dumplings (bouchées à la vapeur). Quand nous voyons l’addition, cela nous fait tout bizarre. L’ambiance parisienne que Franck semble si ravi de retrouver ne vient pas toute seule. Les prix suivent tout naturellement. Nous avions perdu l’habitude de manger à quatre pour plus de 4 euros.
Nous continuons notre promenade. Les enfants ne tardent pas à remarquer les mascottes des futurs jeux olympiques. Nous les connaissions déjà parce que Sarah, qui avait choisi la Chine et l’Australie pour son exposé à l’école, avait parlé des JO et des fameuses mascottes. Ils commencent déjà à s’exciter en disant qu’ils en veulent une. Nous remettons cela à plus tard sans rien promettre. Mais je sais déjà que je craque pour ces petites choses autant qu’eux et que repartir de Chine sans elles sera difficile. Nous repérons une librairie et achetons le Lonely Planet sur la Chine en anglais. Là je joue profil bas et je prends sur moi pour ne pas dire qu’il est super cher. Ils ont quelques livres en français, nous en prenons pour les enfants pour qu’ils aient un peu de lecture car ils n’ont plus rien à lire.
Nous partons à l’hôpital pour faire le point sur la blessure de Sarah. Pour se protéger des agressions, le chauffeur est dans une cage à barreaux. Nous trouvons cela peu avenant d’autant qu’elle occupe un espace important, empêchant Franck de mettre sa ceinture et ne laissant que peu de place derrière pour les jambes. A l’hôpital que nous a indiqué notre assurance, personne ne parle anglais et nous rebroussons chemin rapidement. Nous étrennons notre Lonely Planet pour nous rendre dans un cabinet international, créé à l’intention des expatriés. Après avoir essuyé le refus de cinq taxis, nous en trouvons un qui se donne la peine d’appeler le cabinet pour connaître leur localisation exacte. Le médecin que nous rencontrons nous plaît énormément. Il accepte de suivre la méthode du Dr Sam et nous donne rendez-vous mardi prochain.
En rentrant à l’hôtel, un iranien se met à nous parler et ne tarde pas à nous présenter un couple de français qui est au même étage que nous. Les enfants entendant parler français ne tardent pas à répliquer. Pim et Lili, à peine 30 ans, font un tour d’Asie sur 1 an et sont à Pékin depuis quelques jours seulement, en attente de leurs passeports pour la Mongolie. Nous échangeons alors nos différentes expériences et réalisons une fois de plus qu’il y a plusieurs manières de voyager. Mais il est tard et les restaurants fermant tôt, nous devons écourter notre discussion. Pim et Lili nous montrent un restaurant qu’ils ont repéré depuis leur arrivée. Le restaurant est très bon mais les quantités sont démesurées et nous nous retrouvons avec trop de nourritures.
Nous mangeons notre premier canard pékinois.
Nous passons une journée tranquille, alternant devoirs, promenade dans Wangfujing et repas. Nous venons seulement d’arriver en Chine mais nous savons déjà que la nourriture est grasse. Nous ne retrouvons pas les plats dits chinois que nous connaissions en France. Il apparaît clairement que les restaurants asiatiques en France sont clairement vietnamiens et non pas chinois. Et après la nourriture saine et goûteuse en Thaïlande et au Vietnam, nous avons un peu de mal à manger aussi grassement. Les plats nagent dans l’huile et sont beaucoup trop copieux. Et si j’ai trouvé mon bonheur dans les autres pays, il n’en va pas de même ici. Le blé est présent partout, au détriment du riz et du maïs. C’en est terminé des nouilles de riz. Et comme personne ne parle anglais, impossible de connaître la composition des plats. Nous ne savons pas spécialement ce que nous commandons et à chaque fois c’est la surprise. Une fois sur deux, les plats commandés ne sont pas compatibles avec mon régime sans gluten. Aujourd’hui, j’ai de la chance puisque quand nous sortons du restaurant, nous trouvons pas hasard le night market qui commence à s’installer. Je vais enfin pouvoir manger. Ils servent des brochettes en tout genre et je craque sur les brochettes de fruits (bananes et fraises) recouvertes de sucre. Et même si les enfants viennent de manger, ils en prendront également une. Un vrai régal. Franck préfère prendre des photos de toute cette animation et j’hérite de sa brochette. Nous avons du sucre sur tous nos vêtements mais c’est tellement bon que nous n’y prêtons pas attention.
Le soir, nous proposons à Pim et Lili de manger avec nous. Précisons que si la nourriture n’atteint pas des sommets, nous passons beaucoup de temps à table. Pim et Lili souhaitaient se faire un canard laqué mais il semblerait que le canard laqué que nous connaissons ne se fasse pas ici. Ils proposent partout du canard pékinois qui est rôti mais pas de canard laqué. Ils le servent en tranches avec des galettes de blé, des crudités, et une sauce épaisse. Mais comme il est tard quand nous arrivons au restaurant, il n’y a plus de canard. Déçus, nous nous rabattons sur d’autres plats. Pim et Lili ne voyagent pas du tout comme nous le faisons. Ils sont nettement plus sportifs que nous et font pas mal de treks. Le fait que leur voyage dure le double du nôtre et qu’il se concentre sur l’Asie, explique aussi pas mal de choses. Par contre, nous retrouvons tous cette dualité : nous pensons déjà au prochain voyage mais par moments, nous nous disons en notre for intérieur que la France, c’est quand même le plus beau pays du monde. Parce que nous en prenons plein les yeux, parce que le monde a tant à offrir, parce que nous nous dépassons chaque jour un peu plus, nous avons davantage soif d’aventures. Et nous ne savons même pas comment nous ferons une fois rentrés sur Paris pour retrouver le train train quotidien. Et puis si l’on envisage les choses sous un angle différent (expression favorite de Franck ces derniers jours), être à Paris nous donne une illusion de stabilité. Pour des questions bassement matérielles, nous resterons bien au chaud à la maison : question de confort, de tranquillité d’esprit, d’habitude alimentaire aussi. C’est dans le train pour rejoindre la Chine que nous avons pour la première fois pensé au retour. Et le fait d’avoir rencontré Pim et Lili nous a poussé à nous pencher sur la question. Les enfants auront sans aucun doute moins de mal que nous. Nous savons par contre que ce voyage les a déjà changés et qu’il a modifié leur façon d’appréhender les choses de la vie. Ils sont conscients qu’ils vivent une aventure extraordinaire. Sarah a l’âge idéal : elle est réceptive à ce qui l’entoure. Adrien trouve en ce voyage une manière de satisfaire sa curiosité. Par contre, il est évident qu’ils seront plus exigeants quant à nos prochains voyages.
Nous quittons Pim et Lili en nous rappelant mutuellement que l’aventure n’est pas terminée et que nous nous devons de la déguster jour après jour, et ce même après notre retour.
Nous sommes sur la place Tianamen, la place la plus grande au monde qui a elle seule renferme toute une histoire. Nous rappelons aux enfants ce qui s’est passé ici 17 ans auparavant.
Nous souhaitions voir le Musée d’Histoire et le Musée de la Révolution mais ils sont fermés pour l’instant et ne seront pas ouverts avant les JO de 2008. Nous sommes sans cesse accostés par des étudiants en peinture qui veulent nous faire voir leurs peintures de soie exposées dans une galerie. Finalement comme nous allons au Musée National et que la galerie est à côté, nous acceptons d’y jeter un œil. Si nous avions su, nous nous en serions abstenus. Nous n’arrivons pas à nous en défaire et perdons une bonne partie de notre après-midi. Nous n’aurons même pas le temps de voir le musée en totalité. Un mauvais moment que nous préférons oublier.
En rentrant de l’hôpital, nous prenons comme d’habitude un taxi. Il nous propose de nous faire la course pour 100000 yunan, Franck refuse vu que le montant habituel ne dépasse pas les 25000. Rapidement, Franck qui connaît le chemin par cœur, se rend compte qu’il ne part pas dans la bonne direction. Il nous baladera une heure, s’arrêtant à deux reprises pour vérifier son chemin (il est censé nous déposer dans l’avenue la plus commerciale de Pékin). Alors forcément, son compteur avoisine le montant annoncé au départ. A l’arrière nous sommes révoltés car en plus, nous avons perdu une heure. Je descends avec les enfants, laissant Franck œuvrer. Il souhaite lui payer uniquement le prix habituel mais le chauffeur de taxi refuse. Du coup, Franck sort le laissant seul pris à son propre piège. Bien entendu, il n’est pas content, mais étant donné que nous sommes juste en face d’une banque avec des agents de la sécurité pas commodes du tout, il est bien obligé d’abdiquer. Nous essayons d’échanger nos dongs mais ils n’acceptent pas la monnaie vietnamienne en Chine. Voilà qui ne nous arrange pas du tout.
Nous allons à la gare pour réserver les billets de train pour Xi’An. Après avoir parcouru la gare de long en large, nous ne trouvons pas la moindre trace du guichet de réservation réservé aux étrangers. Quand nous trouvons quelqu’un qui parle anglais, il nous précise que ce guichet n’existe plus. Nous devons acheter nos billets à l’entrée principale, sachant que personne ne parle anglais. Nous savons ce que cela signifie : prendre les billets depuis l’hôtel et donc payer les frais de commissions. Comme nous sommes venus jusqu’à la gare, nous entrons dans une boutique qui vend des produits dérivés des JO. Tout est tentant. Les enfants veulent à tout prix des mascottes et il y en a de toutes les tailles. Après réflexion intense sur la taille à prendre, nous achetons un set des cinq mascottes que nous nous partagerons. Et oh miracle, chacun a choisi une mascotte différente de celles des autres. Les enfants gagnent au change puisque nous avons pris une taille supérieure à celles qu’ils avaient repérées. Nous leur offrons également une trousse pour la rentrée. Nous sommes obligés de reconnaître que c’est notre souvenir le plus coûteux depuis le départ.
Nous prenons un pousse-pousse pour retourner dans notre avenue préférée, les Champs Elysées pékinois comme dit Franck. Nous entrons dans un centre commercial et cette fois- ci, nous n’échappons pas à la boule à zéro. La boule à zéro c’est Franck après sa coupe de cheveux. C’était l’un de ses grands rêves, déjà en Thaïlande, nous y avions échappé en remplaçant ce qui nous paraissait être une folie par les dreads locks. Dread locks qui n’ont d’ailleurs pas faits long feu. Depuis il nous parlait souvent de cette fameuse lubie de se faire raser le crâne. Là j’avoue que je l’y ai poussé car autant faire ce genre de choses à des milliers de kilomètres de la maison. Nous trouvons un salon de coiffure, posons les questions de base sur l’hygiène. Les coiffeurs sont étonnés et veulent s’assurer que Franck ne souhaite pas conserver ses cheveux. Bien sûr, un petit moment de doute s’empare de lui mais maintenant que nous y sommes, il faut y aller. Les enfants sont contents puisqu’on leur propose un coca. Ils tournoient dans leur chaise haute en sirotant leur verre et me demandent de prendre des photos pour qu’on se souvienne de la transformation. D’autres coiffeurs nous rejoignent et me posent plein de questions sur mes nattes. Et quelques minutes, nous retrouvons Franck le crâne rasé. Et là, étonnement général parce que nous adorons la transformation. On ne peut pas réellement parler de transformation tant l’on a l’impression qu’il a toujours été ainsi.
Il est tout content de sa nouvelle tête et nous n’arrêtons pas de lui caresser le crâne. Un peu ridicule certes de s’arrêter dans la rue comme cela pour lui toucher le crâne mais comme tout le monde nous regardait déjà sans toutes ces bizarreries, nous sommes tout à fait décomplexés. Sarah conseille à son père d’enlever sa barbe pour ressembler à Zinédine Zidane. La coupe du monde de football approche effectivement à grands pas et nous avons expliqué aux enfants que nous comptions la suivre et comme nous nous en doutions, l’idée les emballe. Ce ne sera pas super facile avec le décalage horaire mais le rendez-vous est déjà pris pour le 9 juin, 23 heures à Bali pour suivre en direct Allemagne/Costa Rica.
Nous continuons dans les dépenses en prenant des glaces Haagen Dazs. Et non contents de nous, après dîner, nous revenons en prendre une autre. Le night market ferme et les brochettes de fruits sont vendues à des prix dérisoires. Nous en prenons une pour moi.
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