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CAMBODIA

Jeudi 18 mai 2006

Il est temps que je me mette à utiliser la langue du pays, ne serait-ce que pour les mots usuels.
Franck et Adrien les utilisent régulièrement depuis notre départ et n’étant pas linguiste dans l’âme, j’ai des progrès à faire pour me détacher de l’anglais.
Alors qu’on se le dise, Soua Sadaï veut dire bonjour en khmer.
Nous avons passé une bonne nuit bien méritée après notre longue traversée. Les commentaires de jeunes dans le bus sur la route de l’enfer comme ils l’ont qualifiée, nous font dire que nous sommes davantage routards que nous ne le pensions. Parce qu’hormis la fatigue des dernières heures qui commençait à nous peser, nous avons trouvé le trajet dépaysant et amusant plus qu’autre chose. Nous sommes prêts pour une fois très rapidement et descendons avec nos sacs pour trouver une autre guest-house. Le guide de la guest-house vient vers nous immédiatement en nous faisant une proposition alléchante. Nous écoutons et lui proposons de nous déposer en ville afin que nous puissions prendre notre décision. Nous prenons un petit déjeuner dans une rue animée (il faut le savoir) et ne tardons pas à nous apercevoir que ce n’est pas cela que nous recherchons. Et la nourriture est, à notre grand étonnement très chère. Nous ne pouvons pas généraliser à tout le Cambodge mais à Siem Reap, c’est du n’importe quoi. Il est vrai que la guest-house ne casse pas des briques mais elle est plutôt agréable et le prix de la chambre bat toute concurrence. Nous sommes à 1 kilomètre du centre de Siem-Reap et le chauffeur peut nous y déposer gratuitement quand on le souhaite. Nous discutons avec lui des prix pour visiter Angkor. Heureusement, les enfants n’ont pas à payer le forfait pour l’entrée des temples. Et nous savons qu’il faut louer à la journée un tuk-tuk ou une voiture pour se rendre d’un temple à l’autre. Il nous propose un prix intéressant pour nous conduire dans son mini-van climatisé. Nous n’en demandions pas tant mais le prix proposé est correct aussi décidons-nous de rester à la Winter Guest House.
Après un court passage dans un supermarché pour se ravitailler (les prix sont vraiment exubérants), à la pharmacie de l’hôpital pour acheter un antibiotique pour la dent de Franck qui s’est réinfectée, nous partons pour voir un temple encore peu visité et éloigné de 60 kilomètres. Il ne fait pas partie du forfait proposé pour visiter Angkor. Le Temple hindou, Beng Mealea est totalement enfoui dans la végétation. Etant donné qu’il est plus éloigné, il est encore très peu visité. Le chemin qui  y mène est très agréable, rien à voir avec la route d’hier depuis la frontière. Des villages de chaque côté, des enfants qui font timidement coucou, une population nécessairement pauvre mais à l’habitat propre et bien construit. La plupart des maisons sont dotées de hamacs, accrochés entre deux arbres. Faire la sieste dans un hamac est monnaie courante ici.   
Nous sensibilisons les enfants au problème des mines pour qu’ils ne sortent pas des sentiers et faisons de même au sujet des scorpions et des serpents.
Le Temple est surprenant, et nous passons deux heures en pleine brousse à escalader les ruines pour essayer de deviner comment a pu être cet endroit. Les petits aventuriers s’en donnent à cœur joie car l’ambiance Indiana Jones est présente plus que jamais. Nous ne croisons pas d’autres visiteurs. Nous sommes accompagnés par le guide de l’hôtel, un ami à lui et deux personnes travaillant pour la restauration des temples. Des chemins tout autour du temple ont été aménagés pour faciliter les visites mais le guide choisit de nous mener directement dans les ruines pour que nous puissions mieux voir. Grandiose !
Après une bonne douche (il fait une chaleur humide écrasante), Franck et les enfants vont sur internet. Je décide de rester pour peaufiner le blog.


Par Maël
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Jeudi 18 mai 2006

Nous avons choisi un forfait de trois jours pour visiter l’ensemble des sites. Aujourd’hui est consacré à la visite des temples qui font partie de ce que l’on appelle ici le petit circuit : les temples se trouvent dans un périmètre proche de celui d’Angkor Wat.
Nous commençons par celui qui restera notre temple préférée : le Bayon. Situé au centre d’Angkor Thom, le Bayon est un temple montagne. En effet, il se différencie des temples plats dans la mesure où il comporte différents niveaux qui l’élèvent progressivement en direction du ciel. Nous l’avons trouvé majestueux, il est imposant avec toutes ses tours (50 au total) sur lesquels sont gravés 4 visages ; soit 200 visages au total. Une vraie merveille.
Après plusieurs heures à admirer le Bayon, nous pressons un peu le pas car il nous reste d’autres temples à visiter. Nous allons voir le Baphuon mais il n’est pas possible de le visiter complètement car il est en rénovation.
Adrien est heureux en découvrant, au sein du palais royal, le Phimeanakas. Il entreprend avec Franck et Sarah de l’escalader. A cet instant, il est midi, il fait une chaleur torride et les marches sont, comme toutes les marches ici, très hautes. L’escalade est pénible mais ils tiennent à aller jusqu’au bout. 
La Terrasse du roi lépreux et la terrasse des éléphants, malgré la chaleur torride, sont magnifiques. Et l’après-midi est déjà bien avancé quand nous pique-niquons dans l’herbe.
Le temple de Ta Keo ne présente guère d’intérêt dans la mesure où il n’a pas été achevé. Adrien fait des pieds et des mains pour l’escalader mais nous refusons. Nous en entendrons parler une bonne partie de l’après-midi.
Ta Phrom nous plaît énormément car il est dans la jungle. La végétation et les immenses arbres qui poussent au milieu des pierres le rendent fascinant.
Nous terminons la journée en beauté avec le fameux Angkor Wat. Il est effectivement aussi majestueux qu’on le dit, même si ce n’est pas le temple qui nous a le plus émus. Nous pensions y voir le coucher de soleil depuis son sommet mais l’accès y est interdit à partir de 17 heures. Nous sommes déçus et n’en comprenons pas la raison.
Le soir, nous sommes fatigués et dînons simplement dans la guest-house.

Par Maël
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Jeudi 18 mai 2006

Nous nous réveillons à 5 heures du matin pour assister au lever de soleil sur Angkor Wat. Pour une fois, c’est nous qui réveillons les employés de la guest-house. Ils dorment dehors sous des moustiquaires. Quand nous arrivons à Angkor Wat, il y a déjà beaucoup de monde et nous devons attendre plusieurs minutes avant d’apercevoir ce que nous sommes venus chercher. Nous commencions même à désespérer. Et au risque de casser le mythe, nous n’avons pas été époustouflés par Angkor Wat. Le temple est certes très impressionnant, ne serait- ce que par sa taille mais d’autres temples, méritent, selon nous, davantage d’éloges.
En le visitant, nous nous apercevons rapidement qu’il n’y a pas de pièces mais au contraire, beaucoup d’espace vide. Ce qui est frappant dans la plupart des temples que nous visitons, c’est le fait que les bouddhistes étant devenus majoritaires, les idoles brahmaniques qui existaient à l’origine ont été retirées pour y mettre des statues de Bouddha.
Franck et les enfants entreprennent l’ascension d’Angkor Wat. Nous sommes encore à jeun et étant donné ma petite forme de toujours, je préfère ne pas prendre de risques et les attendre en bas. L’escalier (qui n’en est pas véritablement un) de 12 mètres de haut qui mène au sanctuaire a une pente de 70°. «  Mais ce n’est rien, je ne vois pas où est le problème, c’est super facile »  n’arrête pas de répéter Adrien que nous avons mis en garde sur le danger potentiel. Ils arriveront au sommet et redescendront sans encombres. Bel exploit en somme !!
Nous partons pour Banteay Srei. Ce temple est plus éloigné du site d’Angkor Wat. Il se situe à 25 kilomètres. Adrien et moi l’avons trouvé exquis. Appelé également la citadelle des femmes, il est, malgré sa taille modeste, tout en finesse. Un véritable petit bijou avec ses innombrables sculptures finement gravées dans la pierre. 
A chaque fois que nous arrivons dans un temple, des enfants s’empressent de nous proposer sacs, flûtes, bracelets. Je tombe sur leur charme. Ils sont tous souriants et nous abordent avec tant de gaîté que nous ne pouvons rester indifférents. Ils nous suivent mais nous ne nous sentons pas agressés. Leur voix chantante nous interpelle et je les trouve charmants.
Nous continuons  avec le Mébon oriental, Tha Som, Neak Pan et ses bassins, Preakan.
Nous prenons un sentier de rocaille pour admirer le coucher de soleil depuis le sommet du temple montagne Phnom Bakkeng. Les enfants ne tardent pas à repérer les éléphants qui permettent de gagner le sommet en deux temps trois mouvements. Etant donné l’allure à laquelle ils vont, la ballade ne doit pas durer guère plus de cinq minutes. Et puisque, cette fois-ci je décide de tenter l’escalade, nous partons tranquillement vers le sommet. De là haut, nous assistons au coucher de soleil, avons une vue panoramique du site et voyons Angkor Wat. C’est là qu’il prend vraiment toute son ampleur.
Le soir, nous demandons à notre chauffeur de nous conseiller un restaurant. Nous ne serons pas déçus. Nous y mangeons un excellent Ha mok : du poisson cuit dans une feuille de bananier ou dans un noix de coco.

Par Maël
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Jeudi 18 mai 2006

La journée d’aujourd’hui s’annonce moins fatigante. Nous terminons la visite des temples. Nous commençons par un ensemble de temples éloignés d’Angkor Wat  qui s’appelle le Roulos. Il comprend trois temples, le Lolei, le  Preah Ko et le plus important des trois le  Bakong.
Nous achevons la visite des temples par le Banteay Kdei, dénommé également la citadelle des cellules. Il s’agit d’un temple plat (ici pas d’escalade à faire) qui était un ancien monastère. Des enfants essayent de nous vendre des bracelets et devant notre refus, ils nous les offrent.  Sarah, que la visite des temples n’a pas passionné, n’est pas déçue que les visites prennent fin. Adrien voit en ces visites, l’aspect aventure de la chose et est satisfait de ces trois journées. «  Magnifique » ne se lasse-t-il pas de répéter.
A midi, nous déjeunons dans une école hôtelière. Nous espérions manger khmer mais le restaurant, à vocation humanitaire, forme des jeunes khmers aux métiers de l’hôtellerie et de la restauration. Le chef est français et quand nous venons déjeuner, l’unique menu est français. L’idée venait de moi et je prends quelques minutes avant d’accepter que nous ne mangerons pas khmer. Je finis par me dire qu’au  moins, nous avons ainsi participé à la formation de jeunes en difficulté.
L’après- midi, nous partons visiter le Musée de la mine. Il a été construit par Aki Ra, qui jeune, était soldat dans l’armée des khmers rouges et maintenant consacre son temps au déminage. Il n’est pas là quand nous venons voir le musée mais un jeune vient nous expliquer l’histoire des mines. Il nous raconte également sa propre histoire qui nous laisse sans voix. Se promenant dans un champ en compagnie de son frère et de sa sœur, il a marché sur une mine. La suite, nous la connaissons déjà. Il lui manque une jambe. Et il nous dit qu’il a eu de la chance puisque sa sœur et son frère, eux, sont morts.
Nous apprendrons qu’il existe différentes sortes de mines, nous apprendrons que si la guerre est terminée, le problème des mines, lui, reste au cœur des préoccupations des cambodgiens. Parce qu’à l’heure actuelle, 90 personnes par mois sautent sur des mines. Et malheureusement, le Cambodge n’est pas le seul pays à être victime des mines. Mais quand on sait qu’une mine coûte 5 dollars alors qu’il en faut 500 pour les retirer.
Nous allons flâner dans le vieux marché pour y acheter quelques souvenirs. Comme la journée, nous sommes en visite sur les sites, c’est finalement là que nous voyons réellement la ville de Siem Reap. Il y a beaucoup de mendiants à qui ils manquent un  membre. Et contrairement à l’Inde, les mendiants amputés viennent nous solliciter. Franck est de nous quatre, le plus bouleversé. Impossible de rester insensible à ce que nous voyons : des hommes meurtris dans leur chair à cause d’une guerre, pas si ancienne que cela. 
Nous dînons dans un restaurant conseillé par notre guide. Nous apprécions le cadre mais les Ha Mok ne sont pas à la hauteur de ceux de la veille.

Par Maël
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Jeudi 18 mai 2006

Nous prenons un bus rustique pour Pnom Penh.
Nous sommes assaillis dès notre arrivée à Pnom Penh. Nous n’avions pas connu cela depuis l’Inde. Nous arrivons difficilement à récupérer nos bagages et à nous frayer un passage au milieu des chauffeurs de tuk-tuk. Franck en choisit un car c’est la seule façon d’avoir un peu la paix. Il nous faut insister pour qu’ils nous amènent, non pas dans sa compagnie de bus, mais dans celle que nous lui indiquons. Nous voulons réserver notre bus pour Saigon. Par contre, nous finirons par céder et accepter l’hôtel qu’il nous recommande. Nous savons qu’en général, il vaut mieux ne pas suivre ce genre de recommandations mais cette fois-ci, je déroge à la règle et bien sûr, une fois que l’on se retrouve devant l’hôtel, il n’est plus trop possible de dire non. Je visite la chambre, grande, propre, malgré une odeur de moisissure. Ce n’est qu’après, lorsque que nous avons posé nos affaires que l’odeur nous dérange vraiment. Tant pis, ce n’est que pour une nuit donc ne nous formalisons pas. Nous gardons le même chauffeur de tuk-tuk pour visiter Pnom Penh. Nous n’y resterons qu’une demi journée, c’est nettement insuffisant pour découvrir la ville mais nous tenons néanmoins à visiter les lieux relatant une partie de l’histoire du Cambodge. Nous partons au camp d’extermination, actif pendant la guerre avec les khmers rouges. Nous expliquons aux enfants ce qui c’est passé au Cambodge en insistant sur le fait que s’ils ressentent de la tristesse, s’ils ne comprennent pas quelque chose et si quelque chose les choque, ils doivent nous en parler. Dès l’entrée du camp, il y a un mausolée où sont entreposés des milliers de crânes. Les enfants comprennent tout de suite qu’il s’agit des crânes des personnes qui ont été tués dans ce camp. Sarah remarque une profonde entaille sur l’un deux et en déduit que c’est une fracture au crâne qui a conduit à la mort. Un peu plus loin, plusieurs charniers avec une pancarte précisant combien de personnes ont été retrouvées. Au total, c’est près de 84 000 cadavres qui ont été découverts, et l’on sait qu’on estime le nombre de morts à plus de 3 millions, soit la moitié de la population de l’époque.
Adrien, toujours très observateur nous dit avoir vu un os de bras. Nous rebroussons chemin pour lui montrer que ce n’est pas possible. En voyant le squelette, Franck et moi avons un doute certain et après avoir échangé un regard, je dis à Adrien que ce doit être le bras d’un animal. Mais rapidement, nous savons qu’il a vu juste car il y a d’autres squelettes posés auprès de chaque charnier. Nous en parlons aux enfants. Ce qu’ils ne savent pas, c’est qu’à quelques mètres après, il y a toute une zone qui n’a pas été explorée. Un arbre dit magique émettait, quand on soufflait à l’intérieur,  un bruit qui permettait de masquer les cris des personnes qui se faisaient tuer.
Les enfants ont très bien réagis, nous n’avons pas jugé bon de tout leur traduire et nous nous sommes contentés de leur donner des informations qu’ils sont capables d’entendre. S’en est suivi une très longue discussion où ils nous ont donné leur impression.
Nous continuons notre chemin de l’horreur en nous rendant au musée du génocide. Après avoir pesé le pour et le contre, nous décidons de ne pas le faire voir aux enfants. Nous ne faisons pas le tour du monde pour nous voiler la face et nous estimons que les enfants doivent prendre conscience de ce qui existe en dehors de chez eux. Mais ils sont bien trop jeunes pour voir des images d’atrocité. Et si la guerre avec les khmers rouges signifie quelque chose pour nous, il n’en est pas de même pour eux. Et une fois au musée, nous ne regrettons pas de leur avoir demandé de nous attendre dans le jardin. Les photos sont saisissantes, les salles de torture horribles. L’horreur est à son comble. Deux dessins relatant les tortures resteront à jamais gravées dans nos mémoires.
Au dîner, une femme vient masser Franck sans rien dire. Nous pensons qu’elle lui fait une démonstration avant de lui proposer un vrai massage dans un salon mais il n’en est rien. Elle lui laisse à peine le temps de boire sa bière. Les enfants et moi sommes amusés de la scène. Trop tard pour lui dire non mais nous baisserons le prix demandé à la fin du massage.
Si les enfants s’endorment en quelques secondes (ils n’ont jamais aussi bien dormi que depuis le tour du monde, surtout Sarah), nous avons du mal à trouver le sommeil après tout ce que nous avons vu au musée.

Par Maël
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